Le mode de scrutin actuellement utilisé au Québec, le scrutin uninominal à un tour, a été bien utile le temps qu’il n’y avait que deux partis candidats aux élections. Or, cette réalité appartient désormais au passé. Aujourd’hui, les électrices et électeurs québécois disposent d’un éventail beaucoup plus large de choix politiques. Cette diversité, bien qu’enrichissante, met en lumière les limites du système en place, qui engendre des inégalités importantes dans la représentation et dans la formation du gouvernement. Il devient donc nécessaire d’adopter un mode de scrutin qui reflète réellement la volonté populaire et renforce la qualité démocratique de nos institutions. Un système où chaque vote compte, où chaque valeur politique est représentée équitablement, et où chaque région bénéficie d’une voix juste et proportionnée. C’est ce qu’offre un mode proportionnel mixte compensatoire avec listes régionales.
Le mode proposé a été développé à la suite d’une grande tournée des régions du Québec et de façon transpartisane.
Le projet de Loi 199 intitulé Projet de Loi établissant un nouveau mode de scrutin, qui fut déposé en novembre 2025 par un député de Québec solidaire avec l’appui du Parti Québécois et du Parti Conservateur du Québec, propose un système électoral proportionnel mixte avec compensation régionale. Un tel système mixte combine les deux modes de scrutin. Une partie des députés continuerait d’être élue par circonscription locale, tandis que des sièges compensatoires seraient attribués dans chaque région via des listes de candidates et candidats, afin d’assurer que le poids politique de chaque parti reflète plus fidèlement le vote populaire, autant au niveau de chaque région qu’au niveau de l’ensemble du territoire québécois.
Le territoire du Québec serait divisé en 80 circonscriptions locales, du même type que celles qui existent actuellement, et les sièges de députés pour représenter chacune d’elles seraient attribués de la même manière, suivant le mode de scrutin actuel.
Le territoire serait aussi divisé en 17 régions correspondant aux actuelles régions administratives du Québec. Dans chaque région, des sièges compensatoires seraient attribués aux personnes candidates apparaissant sur les listes produites par les partis politiques qui auraient obtenu au moins 4 % du vote au niveau national. Le nombre total de sièges « régionaux » serait de 49.
Le nombre total de sièges à l’Assemblée nationale passerait donc de 125 à 129 députés.
Chaque électeur disposerait de deux bulletins de vote : un premier bulletin pour choisir le député de sa circonscription locale, comme c’est actuellement le cas. Un deuxième bulletin de vote serait utilisé par l’électeur pour désigner le parti politique de son choix. Ce deuxième bulletin serait comptabilisé au niveau régional afin de choisir les députés de région.
L’attribution des sièges régionaux dans une région administrative viserait à compenser le résultat des élections des circonscriptions locales dans cette région. En effet, il n’est pas rare de voir dans le mode de scrutin actuel un parti politique rafler la totalité d’une région, et ce, même si d’autres formations politiques y ont obtenu un nombre de votes significatif. Les sièges régionaux seraient donc attribués dans chaque région de manière à favoriser une représentation globale des sièges dans la région qui refléterait mieux la diversité politique de la totalité des votes exprimés dans l’ensemble de la région.
Qu’ils soient déclarés élus par le vote de circonscription locale ou par celui d’une inscription sur une liste régionale d’un parti politique, tous les députés auront les mêmes droits, privilèges ou immunité. Bref, tout député d’une circonscription continuera à représenter les citoyennes et les citoyens de cette circonscription alors que les députés régionaux pourront également faire acte de représentation pour tous les citoyens et citoyennes de cette région. Nous croyons que ce sont les personnes citoyennes qui seront davantage avantagées par cette nouvelle situation puisque cela leur permettra d’obtenir une aide plus diversifiée de la part d’un de leur député. De plus, cette nouvelle dynamique encouragera nécessairement tous les députés d’une région à travailler ensemble aux intérêts de la région, peu importe leur affiliation politique.








Dans le système électoral actuellement en vigueur au Québec, tous les votes exprimés ne sont pas pris en compte pour déterminer quel parti formera le gouvernement. Une fois qu’un candidat est élu dans une circonscription, les votes accordés aux autres candidats ne sont plus considérés dans le calcul global. Un système électoral proportionnel tient compte de tous les votes exprimés.
Un système proportionnel transforme les voix en sièges de façon plus fidèle et ainsi, fait en sorte que chaque vote compte.
« En faisant disparaître de la comptabilité électorale les voix qui se sont portées sur le candidat vaincu, le type de scrutin majoritaire uninominal fait comme si l’électeur ne s’était pas déplacé pour voter. La proportionnelle, au contraire, consolide le principe moral de l’égalité des voix » – Journal Le Monde
Un mode de scrutin proportionnel offre aux citoyens la possibilité de voter selon leurs véritables préférences, sans craindre de « gaspiller » leur vote.
Les impasses du vote utile ou stratégique sont absentes dans les pays qui recourent à un mode de scrutin proportionnel, comme ce fut démontré dans une étude réalisée en 2006-2008. Les électeurs votent au plus près de leurs convictions : parce qu’ils savent que tous les votes, même minoritaires, seront pris en compte : 83 % des électeurs se prononcent pour le candidat le plus proche de leurs valeurs, contre 63 % avec le scrutin uninominal majoritaire.
« L’intensité du vote stratégique est minimale avec la représentation proportionnelle », concluent les chercheurs.
(Revue internationale de politique comparée, 2010/1, vol. 17, Bernard Dolez, professeur de droit public à l’université Paris-XIII, et Annie Laurent directrice de recherche au CNRS) – Journal Le Monde
À l’élection du 3 octobre 2022, la CAQ a remporté 90 des 125 de l’Assemblée nationale, soit 72 % des sièges, alors qu’elle n’avait obtenu que 41 % des votes.
La CAQ a obtenu une large majorité de sièges sans majorité de votes parce que le mode de scrutin majoritaire amplifie les résultats.
Pendant ce temps, d’autres partis ayant obtenu un appui important ont été sous-représentés tel que le Parti Conservateur, Québec Solidaire et le Parti Québécois. Tandis qu’à l’inverse, le Parti libéral a été sur-représenté ce qui lui a permis de devenir l’opposition officielle.
Ces écarts montrent comment le mode de scrutin actuel peut produire des résultats qui ne reflètent pas fidèlement le vote populaire.
Élection provinciale du 3 octobre 2022 | ||
Parti politique | Pourcentage de votes | Nombre de siège obtenu sur 125 (pourcentage de représentation) |
Coalition Avenir Québec (CAQ) | 41,0% | 90 (72%) |
Québec Solidaire (QS) | 15,5% | 11 (8,8%) |
Parti Québécois (PQ) | 14,6% | 3 (2,4%) |
Parti Libéral du Québec (PLQ) | 14,4% | 21 (16,8%) |
Parti Conservateur du Québec (PCQ) | 12,9% | 0 (0%) |
Un système électoral proportionnel attribue les sièges en proportion des votes obtenus, ce qui réduit fortement les distorsions entre voix et sièges.
À partir des résultats électoraux de 2022, le Mouvement Démocratie Nouvelle a fait faire une simulation de ce qu’auraient pu être les résultats de cette élection si un système électoral proportionnel mixte à compensation régionale comme celui proposé par le projet de Loi 199 s’était appliqué :
Le mode de scrutin actuel produit des écarts importants entre les votes exprimés et la répartition des sièges dans plusieurs régions du Québec.
Les données de l’élection de 2022 montrent notamment que :
Ces résultats illustrent que, dans certaines régions, un parti peut obtenir la totalité ou la grande majorité des sièges même si plusieurs formations y reçoivent un appui significatif.
Avec un système électoral proportionnel, de tels monopoles n’existeraient pas. Ce système consolide et protège le poids politique des régions, en plus de favoriser les collaborations trans partisanes à l’échelle régionale. Ainsi, il n’existerait plus de monopoles régionaux, soit des régions dominées artificiellement par un seul parti, ce qui incidemment ne respecte jamais les choix électoraux divers des gens. Chaque région serait représentée à l’Assemblée nationale par des élus provenant de deux, trois et parfois même quatre partis politiques.
Le mode de scrutin actuel alimente une culture de conflit entre les différents partis. Il est courant qu’un parti obtienne une majorité de sièges malgré qu’il n’ait pas obtenu la majorité de votes. Ce qui lui donne alors l’ensemble du pouvoir décisionnel. Il est alors libre d’imposer ses vues et ses choix accentuant ainsi les oppositions entre partis.
Passer à la proportionnelle, c’est changer radicalement la manière de faire de la politique en forçant les partis à collaborer, comme cela se fait avec succès en Allemagne, en Nouvelle-Zélande ou aux Pays-Bas.
Le système actuel (Majoritaire) | Le système de demain (Proportionnel) |
Pouvoir absolu accordé à une minorité. | Gouvernement de coalition représentant la vraie majorité. |
Culture du conflit et décisions unilatérales. | Culture du compromis, de collaboration et de la paix démocratique. |
Des réformes détricotées à chaque alternance. | Des politiques publiques plus stables, plus durables et mieux étudiées. |
En finir avec le mythe de l’instabilité des gouvernements de coalition
L’argument de l’instabilité des gouvernements de coalition est une fausse peur. Les chiffres sont têtus : entre 1945 et 2022, l’Italie — souvent ciblée comme le pire exemple — a connu 20 élections. Le Québec en a connu 21, et le Canada 25. Des démocraties modernes et stables comme l’Allemagne, l’Écosse ou la Nouvelle-Zélande utilisent la proportionnelle sans aucune crise politique.
Un mode de scrutin proportionnel mixte semblable à ceux en vigueur en Allemagne, en Écosse et en Nouvelle-Zélande, n’ont manifestement pas créé des sociétés politiquement instables. De plus, l’immense majorité des pays européens élisent leur Parlement en recourant à une forme ou une autre de scrutin proportionnel.
Depuis trente ans, nos systèmes de santé et d’éducation subissent les assauts de réformes à répétition. Imposés par des gouvernements « majoritaires ». Ces virages à 180 degrés déstabilisent nos services publics et minent le moral de ceux qui les portent à bout de bras. Notre mode de scrutin actuel agit comme un bateau qui change continuellement de cap, au lieu de naviguer vers un objectif commun.
Les politiques qui en résultent d’un gouvernement élu par un mode proportionnel ont une plus grande chance d’être durables et de survivre aux changements de gouvernement. Dans un contexte où les gouvernements « majoritaires » sont beaucoup moins fréquents, les partis politiques sont appelés à travailler de concert pour développer des politiques appuyées par une vraie majorité des électeurs. De plus, les lobbyistes, obligés de faire affaire avec plus d’un parti, dans le cadre d’une équipe transpartisane de députés, n’auraient pas le même poids.
Faisant appel à différents indicateurs de gouvernance, il constate que les pays utilisant la représentation proportionnelle ont une meilleure performance en ce qui concerne la qualité de la vie démocratique.
Ces pays ont :
Les études menées par d’autres chercheurs et chercheuses donnent des résultats similaires :
La crise climatique ne se soucie pas des cycles électoraux de quatre ans ni des querelles partisanes. Pour sauver notre environnement, nous avons désespérément besoin de deux choses qui manquent cruellement à notre système actuel : la coopération entre les partis et une vision à long terme.
Les données scientifiques mondiales le prouvent : les institutions politiques qui utilisent le mode de scrutin proportionnel obtiennent des résultats supérieurs pour protéger la planète. Ils ont des politiques plus audacieuses et qui perdurent dans le temps.


Notre système actuel (Majoritaire) | Le système de demain (Proportionnel) |
Vision à court terme : Les gouvernements agissent en fonction des prochaines élections. | Perspective à long terme : Les politiques environnementales s’inscrivent dans la durée. |
Sabotage partisan : Un nouveau gouvernement peut annuler par décret les avancées du précédent. | Lois durables : Les décisions sont prises par consensus et survivent aux alternances politiques. |
Idées verrouillées : Les propositions écologiques sont souvent balayées par le parti au pouvoir. | Diversité des voix : Les points de vue scientifiques et écologiques sont au cœur des décisions. |
Malgré la pression politique sur les partis, le système électoral actuel échoue à garantir l’égalité entre les femmes et les hommes en politique. Si les partis affichent une parité de façade parmi leurs candidats, la réalité sur le terrain est souvent critiquée : les femmes sont trop souvent reléguées dans des circonscriptions jugées « perdantes » ou impossibles à gagner. Résultat, leur élection est rarement garantie.
Un système électoral proportionnel permet de s’assurer que les candidatures déposées par chaque parti pour l’ensemble des circonscriptions soient réservées à des candidates dans une proportion allant de 40 à 60%.
Le système actuel (Majoritaire) | Le système de demain (Proportionnel Mixte) |
Les femmes sont souvent sacrifiées dans des circonscriptions ingagnables. | La parité est garantie par la loi grâce au mécanisme des listes régionales. |
Une représentation féminine instable, soumise aux bonnes volontés des partis. | Une obligation légale d’avoir entre 40 % et 60 % de candidates partout au Québec. |
Une Assemblée nationale qui peine à refléter la moitié de la population. | Un Salon bleu juste, moderne et paritaire, où chaque genre a sa place. |
50 ans de promesses brisées la réforme du mode électoral ne peut plus attendre
Tous les partis politiques du Québec ont, à un moment ou un autre de leur histoire, promis de réformer notre mode de scrutin. Pourtant, une fois confortablement installés au pouvoir grâce à ce système injuste, les gouvernements successifs ont systématiquement tourné le dos à leur parole.
Ce n’est pas un manque d’idées, c’est un manque de courage politique. L’État est resté sourd aux appels d’un peuple pourtant d’une patience exemplaire. On a une longue histoire d’occasions manquées.
Le statu quo actuel | La démocratie moderne (Loi 199) |
Des calculs partisans pour conserver un pouvoir artificiel. | Le respect de la parole donnée aux citoyens depuis 50 ans. |
Des institutions affaiblies qui alimentent le cynisme. | Des institutions solides, dignes de confiance et inclusives. |
Un découpage de carte électorale qui divise les régions. | Une compensation régionale qui unit et protège le territoire. |
À l’occasion de la Journée internationale de la Démocratie (15 septembre 2026) et à un an des prochaines élections générales, vingt-cinq (25) grandes organisations de la société civile s’unissent au Mouvement Démocratie Nouvelle pour réclamer que la réforme du mode de scrutin soit un des principaux enjeux de la campagne électorale qui se conclura le 5 octobre 2026.
Cette Coalition pour une réforme électorale à l’occasion du lancement de la campagne Je vote POUR du MDN, le 1er juin 2026, a publié une lettre ouverte demandant à tous les partis politiques de faire connaitre les solutions qu’ils proposeront aux Québécois et Québécoises afin de mettre un terme aux déficits démocratiques causés par le mode de scrutin uninominal à un tour.
Le MDN est voué à modifier notre mode scrutin hérité des Britanniques pour en faire un mode de scrutin réellement représentatif de la volonté des électeurs·trices. Le MDN a pris naissance en 1999.
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